-----A peine me suis-je levée que cette nostalgie venait de me traverser le corps. Pour le bien de mes armoires et des autres, je savais au fond de moi que j'allais procéder à un tri. Un tri de mes vêtements d'enfants, un tri de mes jeunes années, un tri de mon passé, un tri de moi. Toutes ces choses, qui m'ont suivi et servi pendant ces instants d'innocence imbécile, de gaité inexpliquable, je l'ai jetté sans vergogne dans un sac noir sans amour. Mais non. Aussi machinalement que cela puisse paraître, comme toutes ces autres personnes qui ont a leur tour trié. Lorque je l'ai fait, je regardais le temps en face. J'ai vu son sourire satisfait, ses yeux tranchant tels une hâche, j'ai senti son plaisir sadique; contre moi . J'étais seule, au milieu de ces monts de souvenirs délabrés, seule au milieu de ma vie, seule à regarder mon âme d'enfant s'évanouïr.
-----Je suis trop sentimentale paraît-il, trop nostalgique, à l'égard de ce qui m'a fait vivre. J'aime ces bouts de tissus qui m'ont créés, qui ont légèrement déterminés ce que je suis maintenant. Ces petites choses qui pour avoir vu rire une petite fille, pour s'être trainé dans la bout avec elle, finiront broyées dans une machine infernale comme de vulgaires pensées.
-----Je sens alors ma mémoire se désagrégeait, mon histoire s'effaçait, je me sens, moi, différente.